« Le Roi Cophetua », une nouvelle de Julien GRACQ

 

INTRODUCTION

 

 

CHAPITRE I : L’UNIVERS GRACQUIEN

 

1.    La structure de l’espace textuel

 

  • La mythologie de la forêt

 

  • La maison

 

  1. .Le temps de l’attente
  2. La nuit initiatique et l’aube purificatrice

 

 

CHAPITRE II: LE REGARD EXTÉRIEUR ET INTÉRIEUR DES PERSONNAGES

  1. Jacques Nueil et le mythe d’Orphée

 

  1. La femme : dualisme et contradictions

 

  1. Le narrateur et son attente

 

 

 

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III.  CONCLUSION

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

INTRODUCTION

 

 

« Est-il rien de plus vrai que la vérité ? Oui:  la  légende. C’est elle qui donne  un  sens  immortel  à  l’éphémère vérité. »

 

NIKOS KAZANTSAKIS

Bien que quelques-uns n’y voient qu’une « situation équivoque et une satisfaction virile », « Le Roi Cophetua » ne  doit pas  être  considéré comme une simple histoire banale, car sa valeur réside dans la richesse des symboles qui y sont proposés .

« Le surréalisme est vie. Il ne lui importe pas de faire oeuvre littéraire,  mais  d’extérioriser  des  forces humaines, d’aimer, d’espérer et de découvrir. De la littérature et, pourrait-on dire  du  papier  –  écrit Georges Hugnet – la poésie, par lui a  glissé  en  plein  coeur de la vie. Elle n’est plus un art, un  état  d’esprit, mais la vie, mais l’esprit.  Réfléchir sur l’espoir, c’est donc tenter de découvrir le rapport du réel et de l’imaginaire. » (1)

C’est avec ce regard que nous avons voulu  analyser la nouvelle de Julien Gracq.

Notre travail est structuré en deux parties : la première consistant à déterminer le  cadre  où  se  déroule  le  propos,  lequel  comprend  deux axes,  l’espace  et  le  temps.  La deuxième  partie  considère   les  relations existant entre les personnages et les  rôles  que  chacun  joue dans l’oeuvre.

 

 

(l ) Ferdinand ALQUIE, « Philosophie du Surrealisme » , Ed. Flammarion, Paris,

1955, p. 29.

 

CHAPITRE I : L’UNIVERS GRACQUIEN

 

  1. LA STRUCTURE DE L’ESPACE TEXTUEL

Avec  une  minutieuse  précision  Gracq,  montre  le  paysage  dans lequel s’inscrit l’attente. Celui-ci n’est pas décrit d’une manière impersonnel mais dans une  communication  profonde  avec  le personnage : Gracq  tisse  de  subtiles  analogies  entre  le  milieu  extérieur et le milieu intérieur.

 

Il ne  sépare  pas  l’homme  de  son  milieu  naturel,  le  cadre  n’est  pas  un   décor    purement    extérieur    mais    il    est    étroitement    mêlé   a l’ affe ctivité . Ce milieu naturel, la forêt, le paysage de ténèbres, corrobore la folle  angoisse  de  notre  personnage .  Plusieurs  images nous  suggèrent  l’absence  représente  par  un  paysage  nu,   vide,  dans un état de stagnation et qui  conserve  tout  entière  sa  sauvage immobilité, rues baillantes toujours vides, tout repose dans  une immobilité pétrifiée et semble figé par un instantané.

 

Dans le Roi Cophetua la femme est présenté  dans  un  immobilité « comme si un instantané l’avait sur prise ». Elle apparaît dans une indifférence et une ataraxiel qui semblent  la  détacher  du  monde  . Neutre impersonnelle, elle est en relation étroite d’analogie avec un

monde sans couleur, et sans appartenance.  Enfin  la  neutralité  caractérise a certains moments le rapport des personnages: « elle  me servait les yeux baissés,  sans  hâte  ni  lenteur,  avec  une  précision neutre et posée » (p.222). Le  silence  inexprimable  ,  est  un  signe  du vide gracquien,  dans  le  récit,  le  silence  est  suspendu  sur  une  absence sans fond. Silence et vide sont intimement liés.

 

Nature et êtres sont confrontés, comme  le  remarque  Marie Francis, Ils sont « une sorte de dissolution, de désintégration de l’univers cosmique qui est en rapport avec la lente déliquescence du personnage »2. « Il me semblait, dit le héros narrateur du Roi Cophetua, que la terre entière moisissait lentement dans la  mouillure spongieuse , s’affaissait avec moi dans un cauchemar marécageux ». (p. 189 )

 

Cette perception intime de l’effondrement révèle une fascination troublante  de  la  ch ute .  Le  personnage  vit  intensément   sa déchéance, son enlisement, il voit  déjà  lieu  de  sa  métamorphose,  il sent venir sa mort comme un processus déjà engagé et prévoit

 

  • Ataraxie: Quiétude  absolue  de  l’ame,  qui  est  selon  l’épicurisme,   l’apanage des  Dieux  et l’idéal du Sage
  • FRANCIS, Marie, « Forme et signification de l’attente dans l’oeuvre romanesque de Julien Gracq , Paris, 1979,

 

d’autant plus l’issue finale que sa  chute  ,  cette  glissade  dans  le  non­ être a commence.

 

Expérience  hallucinante  de  mourir  dans  un  paysage  qui  marque l’issue lugubre de l’é vide nce . Le funèbre du paysage est l’accord du monde , la  réponse  de  l’extérieur  a  un  climat  intérie ur.  Ainsi  dans une concordance parfaite , la nature  et  le  personnage  se  vident  en même temps subissent ensemble une lente désintégration.

 

Le  récit  gracquien  décrit  le  périple  d’une  conscience   dans   sa  relation  avec  l’univers  spatial.   Il   présente   un   être   d’abord fragmenté puis  rassemblé  dans  un  monde  qui  se  défait  et  se  refait. Ce   cheminement   d’une   désintégration   vers   une   reconstitution atteste une fois de plus  la  fascination  de  Gracq  pour  une  civilisation qui déchoit pour se renouveler, et dit son goût pour une

—-            dynamique,   composante     essentielle   de   son   oeuvre qui  implique    un mouvement.

 

Telle est la situation initiale, telle est la  pos1t1O0  assignée.a  l’être  dans son récit d s qu’il commence. Dans cet univers le personnage s’appréhende  dans  son  anéantissement  et  tend  vers   une recomposition.  Situé  dans  une  terre  qui  semblait   maussadement retirer  sa  promesse,  le  héros   gracquien   est   impuissant   a   se mouvoir a  l’aise  dans  une  existence  évacuée  de  toute  virtualité. Autour de lui  dans  un  monde  stérile  il  semble  qu’il  n’y  ait  presque pas de chance de germination.

 

Le personnage  principal  assume  le  rôle  de  modifier,  de  recomposer un monde inanimé: « il  me  semblait,  dit  le  héros  du  Roi  Cophetua, que  je  venais  au  fond  de  cette  cavée  perdue  dans  les  feuilles éveiller je ne sais quoi d’enseveli. »

 

Aussi  dans  le  récit  gracquien  assistons-nous   a   l’histoire   d’un univers mort qui renaît.  Le  monde  gracquien  est  fin  et  commencement, mort et vie, vacuité et  attente.  Il  semble  que  Gracq soit orienté vers une vision  du  monde  compensatrice.  Dans  son univers, la mort appelle la vie  comme  la  terre  appelle  la  pluie  dans des longues sécheresses, le vide  réclame  ce  qui  peut  le  combler  et c’est  dans  un  paysage  désertique  qu’apparaît   et   se   développe l’attente qui assume la possibilité d’un accomplissement

 

C’est parce qu’il ressent profondément  le  vide  de  son  univers  et  sa carence  a  être  que  le  héros  éprouve   le  besoin   de  combler   sa  lacune de  tendre  a  une  complétude  avec   la  conscience   du   vide  corroborée par un espace dénudé où s’épanouit son attente .

 

Le vide et ses différentes perspectives: neutralité, silence, sommeil, immobilité mortelle, ou désintégration dissolvante sont autant de

 

justifications inavouées de  l’attente,  attente  hautaine  surgie  et développée dans un vide initial, vide moisi obscurément réveillé.

 

Les lieux  de  l’attente  gracquienne  sont  subtilement  imprègnes d’irréalité,  ils  baignent  dans  un  climat   fantomatique.   Ainsi  l’espace de l’attente gracq uienne est un univers où le réel est doublé de l’imaginaire, où ces deux contraires sont unis dans une  totalité  sans fissure.

 

 

 

  1. LA MYTI-IOLOGIE DE LA FORET

 

L’univers romanesque de Julien Gracq1 comme l’indique Marc Eigeldinger, se distingue par l’attention qu’il porte à la nature, et

—           par     la     volonté     d’établir      une    communication      constante     entre     la substance    cosmique   et   l’énergie                       psychique des personnages .

 

Non seulement  la  nature  incite  le  héros  à  céder  a  son  appel,  mais elle  contient  les  symboles  de  la  vie  spirituelle  et  révèle  les  signes, les présages annonciateurs du destin.

 

La  nature  renferme  les   éléments   mythiques   composant   la   texture de  l’univers  romanesque  de  Gracq.  Parmi  ces  éléments,  il  en   est deux  qui  gouvernent  son  oeuvre  par  leur  rôle   fondamental:   le liquide et le végétal . Ces sont avant tout l’eau  et  la  forêt  qui  déterminent le climat et  la  substance  romanesques,  ils  suscitent  le décor mythique dans lequel s’inscrit l’existence des héros.

 

Ce paysage, unissant  le  liquide  et  le  végétal,  forme  oile defond  sur laquelle se détachent les acteurs, et la structure originelle sur laquelle s/ ‘organise le comportement de la conscience et de l’inconscient humains . La description de la forêt sert de  cadre extérieur, mais elle est aussi  associée  au  drame  intérieur  vécu  par les personnages.

 

« Braye-la-forêt » est le nom  de  l’endroit  où  se  déroule  l’action  et comme son nom il le suggère c’est plus que quand un « de ces village accotés  aux  anciennes  forêts  royales »,  c’est  la  forêt  même  qui regagne peu à peu le terrain perdu par les lotissements.

 

Dans le Roi Cophetua la masse végéta de la forêt présente de singulières analogies. avec la masse liquide de la mer, elle suggère à Julien Gracq des métaphores  maritimes  originales;  « C’était  comme un village au péril de la mer. On eût dit que la forêt écumeuse allait d’un instant à  l’autre  déferler  par-dessus  sa digue, dans  une espèce  de revanche élémentaire » .(p.218 ) « Les  têtes  des  arbres dominaient de très haut….qui déferlait vague après vague….. J’écoutais presque

 

intimidé rouler  le  bruit  de  mer  qui  brassait  les  masses  d’écume verte ». (p.193)

« L’oeil évoquait vaguement, plutôt qu’une maison habitée…..à un paquebot échoué sous les branches d’un crique perdu » (p.199)

 

D’une  part  la  forêt  représente  une  espèce  d’écran,  de  frontière  par son exubérance qui elle veut  remplir  tous  les  espaces.  Elle  s’empare des espaces vides, cerne les habitations et encercle les villes de telle manière qu’elle éveille dans l’âme du narrateur des sentiments contradictoires:   d’oppression    et    de   liberté.    Ainsi    le    narrateur s’e xprime: « Je respirais  à  l’aise  le  parfum  de  la  terre  crue  qui montait de la nuit…je me  sentais  étrangement  perdu,  flotté,  soudain très loin de toutes les amarres ».( p.226).

Et  encore;  « les  arbres  s’étaient  refermés  sur  la   route,   j’avançais  dans un tunnel qui ne menait plus nulle part…. » (p.231).

 

D’autre part la forêt se définit comme une espèce de scène naturelle mystérieuse  où  les  contrastes  de  l’ombre  et  de  la  lumière,  du  froid et du chaud, du clos et de l’ouvert, manifestent les  différents  états d’esprit du narrateur.

 

Les solitudes de la  forêt  deviennent  l’image  des  tourments  intérieurs et des abîme5 de l’inconscient du héros.  Elle  est  le  symbole des forces souterraines de l’inconscient selon les analystes modern Ainsi nous  trouvons:  « la  forêt  semblait  cerner  de  partout la clairière sablée », ou bien « il me semblait que je venais au fond de cette cavée perdu dans les feuilles ». Le narrateur  « On  traversait  alors, après le vacarme parisien, ces forêts nobles et vides qui barricadaient les avancées de la vie civile comme un  rideau  de  silence un peu initiatique. » (p.192). Le choix des adjectifs qualifiant est révélateur: silence d’étang noir, douceur tranquille et mouillé, quelque chose de doux, de triste et de brûlant.

 

La forêt signifie aussi le monde sauvage, primitif,  porteur  des vestiges de l’originel et du souvenir des genèses, la fraîcheur du végétal qui ressuscite cyclique ment en ne cessant de s’accroître. « Je regardais à travers les  vitres  petites  la  forêt  matinale:  quelque chose qui n’était pas seulement la pluie l’avait rafraîchie, apprivoisée…. »(p.251).

 

La  forêt  constitue,  dans  l’univers  de  Gracq,  le  centre  où  se  recréent  les figures  ancestrales  de  la  mythologie  et  le  milieu  où  se  rattachent les vestiges du sacré.

 

Elle représente un espace qui  permet  au  mythe  de  s’incarner, d’opérer la réconciliation du réel et de l’imaginaire, elle propose  un temps cyclique qui, en se superposant au déroulement de l’histoire établ;t° la continuité entre le passé et le présent ou, plus

 

exactement, inscrit  les  données  du  présent  dans  la  trame  légendaire du passé . « le bruit de  la  guerre  passait  très  loin  au-d e ss us  des futaies  rassurées,  si   inamovibles   maintenant   qu’on   s’attendait presque d’un moment à l’autre  à  voir  lever  derrière  elle  un  ruban d’aube grise. Il me semblait qu’il était très tard » p.231.

 

La forêt est assimilée chez Gracq  à  une  figuration  mythique  de l’anima,  au  sens  où  l’entend  Jung,   c’est-à-dire   une   image archétypale et collective de la féminité. La forêt apparaît comme la composante de  la  rêverie  féminine  en  l’âme  masculine,  comme l’image de l’aspiration nostalgique à rejoindre la  Terre-Mère  des origines.!

 

 

1.2. LA MAISON

 

L’allée paysage de  cauchemar  couvert  de  nuages  gris  corrobore  la folle angoisse  des  personnages.  Tendus  avidement  dans  une  perception désirante vers l’événement dont ce chemin  suggère  le caractère  funèbre,  les  personnages  sentent   l’allée   déchiffrer   pour eux,  l’inconnu   auquel   ils  aspirent,  ils  sentent  déchirer  les  ténèbres du inystère funèbre.  Ils  perçoivent  l’allée  délestée  leur  révéler  a chaque seconde les chemins secrets  et  jamais  parcourus  de  la  vraie nuit dont elle escaladait visiblement l’entie r épaisseur .  Pour  les guetteurs gracquiens cette allée étire sa fatale longueur. Elle  est possibilité  de  mort,  elle  leur  donne  l’image  d’une  porte  ouverte  sur un paysage entièrement inconnu.

Dans la maison vide et silencieuse, ou toutes  les  issues  sont maintenant fermées, l’angoisse de  celui  qui  a  cessé  d’attendre  croît. Les  images  des  bougies,  des  flambeaux  et  des  torches   se multiplient, obsédantes et inquiétantes comme la  femme  qui  les promène d’une pièce  à  l’au tre .  Le  regard  du  narrateur  est  de  plus  en plus fasciné par le contraste entre les ténèbres de  la  maison, l’obscurité de « galerie de mine »  et  la  danse  des  flammèches  qui  partout font « tanguer les ombres ». Même à distance les images le poursuivent: « Onze heures  sonnèrent  et  presque  aussitôt  le  reflet  de  la lumière se mit à bouger au plafond du couloir. De nouveau je  me levais de mon  fauteuil  d’un  bond.  Je  n’imaginais  plus  rien.  L’image de la flamme des bougies montant toute droit dans la pièce fermée

 

l EIGELDINGER, M. , Julien Gracq, Ed. de l’Herne , p. 245

 

était revenue se  fixer  dans  mon  esprit  comme  au  foyer  d’un  cabinet de glaces. »(p.231). 1

 

 

La  chambre  gracquienne  diffuse  une  atmosphère   macabre   sinistre par  les   différentes   associations   qu’elle   polarise:   associations  hantées de  mort  même  si  ce  caractère  est  envoilé.  La  chambre, espace  de  prédilection  du  guet  gracquien  funèbre,   est   intimement liée au thème du Double . Gracq marque  souvent  les  rapports  de  la mort avec un double  nourri  de  ses  réminiscences  égyptiennes  avec cette image  du  mort  dans  le  tombeau  qui  est,  pour  reprendre  la vieille croyance égyptienne, le double impalpable  qui  se  ranime  et voleté a  travers  les  espaces  funèbres.  La  présence  constante  du double dans  la  chambre  du  guet,  renvoie  a  une  signification  funeste  q ui, trahit la présence de la mort. Rentrer dans  la  chambre  vide de l’autre  implique  une  identification  .  L’autre   devient,   en   même temps, « Je ».

 

La pénétration dans la chambre de l’autre favorise les rapports des guetteurs,  réalise  leur  jonction.  Violant  l’intimité  de   quelqu’un, l’intrus se fait son double. L’atte nte se soutient dans le contact avec l’Autre et l’angoisse du guetteur se nourrit de l’acte profanateur. L’intrusion dans une pièce habitée  en  l’absence  de  son  occupant,  est une violation, un interdit qui s’accompagne d’angoisse.

 

Marie     Francis     remarque:     dans    la    chambre  close,        le    thème    du (_ -.              double est également present; sous  un  autre  aspect.  Le double  est aussi         cette         image             du       guetteur         réfléchie              dans  le            miroir de  la

chambre. Cette forme de double  apparaît  surtout  vers  la  fin  de l’attente/ au seuil de la mort. Le guetteur qui  prévoit  une  mort imminente est envahi  par  le  sentiment  inquiet  de  sa  visibilité  et utilise  son  reflet  comme  une  méditation  pour   confirmer   son identité.

La salle d’attente et la vision a travers la vitre pourraient

représenter l’existence humaine cloîtrée dans un huis clos désespéré, le narrateur enfermé attendant quelque chose qui ne viendra jamais.

 

1DOBB, Annie-Claude, « Dramaturgie et  liturgie  dans  l’oeuvre  de  Gracq ».  Ed. Corti. Paris 1972 p. 206

 

Le    tableau,     le   mot     privilégié  du       décor    gracquien,      prend    valeur d’emblème.          La         représentation            picturale du         Roi  Cophetua apparaît comme une                    conc e n trat io n         emblématique                             de          l’a tt e nte  et        une condensation de la panique du hé ro s.

 

Deux oe uvres : La  Mala  Noc he ,  de  Goya  et  le  Roi  Cophetua  d’aprè s B ur ne s-J o ne s, sont décrites avec de s distorsions intéressantes: notamment,  la  description  de  la  peinture  anglaise  se  caractérise  par l’inve rsio n de la place qu’occupent les perso nnages . Si l’oeuvre de Burne-Jones  est   présentée   comme   une   « Annonciation »,   celle   de Gracq doit être lue comme le récit d’une annonciation a l’envers. l

 

 

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2. LE TEMPS DE L’ATTENTE

 

 

 

Le récit entrelace toute  la  cour be :  du  sommeil  inanimé  à  l’état  de veille, et enfin  à  l’aurore  qui  apporte  au  monde  et  à  l’homme  la aventure libératrice . 2

 

Dans le roi Cophetua, Gracq semble avoir voulu organiser le  récit  le long d’un double plan:  inférieur  et  supérieur.  C’est  l’interprétation  qu’au tori se du moins l’image de ce couple étrange, où la femme­

(               servante    et    le    maître    absent    appartiennent,     l’une    à    un   ordre inférieur, l’autre à un ordre supérieur.

 

Le  motif  central  autour  duquel  s’organise  le  récit,  c’est   l’attente, mais d’une attente immobile , en lieu clos. Elle est veille puis veillée

–  l’envers  de   l’attente   –  dans  les  deux  cas,   un  sentiment  de   panique e st  présent.  Pendant  le   moment   miraculeux   de   l’attente,   l’attention est portée a tous les signes du monde.

L’attente  n’abolit  pas  la  quête:  elle  la  porte ,  au  contraire  à  sa plénitude. Le passé,  le  prése nt,  l’avenir  des  personnages  s’abolissent dans  l’immédiat  de  l’existence.  Leur  durée  est  la  même:  de  l’après­ midi à la matinée, bien que rien ne marque l’écoulement du temps.

lLEUTRAT, J.L., « Julien Gracq », Ed. Seuil , p. 63 1991

2 ARIEL, Denis, « L’eternelle imminence » cahier de l’Herne. p. 131

 

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Dans  le  salon  où  le  narrateur  attend  seul,  sans  savoir  si   son   amil absent  n’e st  pas  maintenant  disparu,  rien  ne  parle  de  Jacques   Nueil,  pas même la  salle  à  musique  où  il  composait:  « Ce  coin  le  plus  intime  de  la  pièce  ne  respirait   pas   le   désordre  chaud   du   travail   journalier (p. 199). La  pièce  est  devenu  salle  de  musée ».  Il  y  a  comme  un  refus des  c ho se s  à  se  délester  de  leur   secret   dont   rien,  sauf   l’entêtement du regard, ne garantit l’existence.

 

 

 

 

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Dans ce monde  refroidi,  vide  et  silencieux,  à  la  veille  de  la  Toussaint,  les  images  d’ombre  et  les  bruits  de  rafales  et  de canonnade suggèrent moins une attente qu’une veille funèbre. Et lorsqu’une panne d’électricité plonge brusquement la maison dans l’obscurité  totale,  l’étrange  servante  qui  promène   un   flambeau, devient l’unique source de lumière.

Au  double  niveau  littéral  et  figuré,  elle  seule  peut  désormais   éclairer  l’attente.  Le  regard  se  déplace   et   glisse   lentement   des objets  à  la  femme-servante ,  dont  la  seule  présence   est   l’impreinte de l’absence du maître.

La tension monte et rien ne dissipe la malaise qui ne peut venir de l’attente,  puisqu’on  sait   maintenant   que   l’heure   du   dernière   train est passée et que Nueil n’arrivera pas. Tout va se jouer en huis-clos pendant  le  dîner  et  l’après-dîner  avec,  entre  eux,   un  dernièr   appel au monde extérieur, le bureau des PTT où le narrateur comptait se renseigner mais qu’il trouve  fermé,  inexorablement  muet.  Sur  le cheminf de retour, de la  poste  à  la  maison,  où  il  avance  comme  « dans un tunnel », il se rend brusquement compte, qu’à son insu,  son attente s’est retournée conte lui. Il se sent piégé.

Le narrateur dit: « Une image m’assiégeait maintenant toute proche: celle du gravier ratissé sous mes semelles et de la  lampe  qui viendrait au-devant de moi à travers les gouttes de plomb des feuillages. tout s’arrêtait au geste du bras nu élevant la lampe……. Jamais je n’avais été envahi à ce point par le sentiment nu que quelqu’un    m’attendait »(.p.   228.)l

Le  héros  Gracquien  est  relancé  par   un   « ennui/   vide »   par   le « sentiment d’un vide »1 Ia conscience  d’une  déficience,  s Q_  perçoit « comme un être à qu’il manque de l’être  » selon le motAPoulet, « un

1DOBBS, A.C. « Dramaturgie et liturgie dans !’oeuvre de Julien Gracq p. 189

 

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être qui n’arrive pas a  être  complètement  Nous  suivrons  d’abord  le héros Gracquien dans son aventure du manque du vide, dans une trajectoire qui s’inscrit sous le signe de l’atemporel et du temporel.

Nous  analyserons  ensuite  le  rapport  entre  une   vacuité   mortelle  et une attente de la mort, rapport qui confirme le lien indissociable, Gracquien, de vie et de mort .

Dans son récit l’artiste souligne cette relation,  marque  le  passage entre le temps de la mort et celui de la vie, par  des moments privilégies de l’automne et le crépuscule. Le héros éprouve  en  lui même le no n-ê tre, le « vide ».

Épuisé,  impuissant  a  conjurer  le   non-être,   par   manque   d’être comme le personnage lui-même, le temps ne se coule pas, semble s’arrêté’},  c’est  « un  temps  vide   et   purement   fantastique   dont l’horreur  consistait  tout  entière  en  sa  différenciation  sensible,   du cours de la durée, un Temps d’où paraissait entièrement distrait l’écoulement de tout phénomène véritablement vital ».

Ce monde Gracquien congelé dans une  immobilité mortuaire suggère une réflexion sur les civilisations épuisées. On pense a une humanité prostrée dans la torpeur mécanique du quotidien, englouti par des occupations absentes, détachée, séparée de l’essentiel.

ros voit venir une mort lente, vit une désintégration progressive. La dégradation d’un personnage qui subsiste dans un milieu ou « les journées s’écoulaient,  de  plus en  plus  vides, de  plus en plus inoccupées ».

Dans  ce  mouvement   de  fuite,  de   chute,  le   temps  se  rétrécit,   tend   a se perdre dans le vide a se dissiper dans le néant.

Cette lente agonie atteste la fascination de Gracq, historien, pour un monde  en  décadence.  Le  récit  Gracquien   décrit   l’aventure   d’un héros situé dans une société en décomposition et qui vise a  se recomposer,  a  travers  un  long  cheminement  dans  le   temps.   Il s’ouvre  sur  un  monde  vide  qui  se  désagrège.  Mais  avec  la conscience du manque, un besoin de se sentir vivre,  relance  le personnage mourant qui revendique de grandes giclées de vie.

 

 

l 2

Le  héros  gracquien  qui  a  atteint   le  mveau   le   plus  bas,  se   reconnaît so us le signe de la  mort,  cherche  dans  une  aventure  sans  issue  un recours possible qui réaliserait une permanence de son être.

Comme l’automne, un  autre  temps  d’élec tion,  un  autre  moment préféré de Gracq,  le  crépuscule,  rend  parfaitement  ce  lien indissociable de  mort  et  de  vie.  Le  crépuscule  est  déclin  et  naissance, le temps, les êtres y meurent pour renaître.

 

C

L’après-midi  déclinante  entretient  l’impression   d’ un   monde agonisant, le climat d’un univers mourant Le crépuscule connote le macabre , les fins des journées suggèrent la pensée de  la  mort,  qui  établit les liens entre l’anéantissement  et  la  régénération,  mais également symbole d’une renaissance.

L’être  Gracquien  qui  s1 1 a ppré  he nde   au   moment   de   s’anéantir   pour se reconstituer, se voit dans un présent situé entre tout un passé de

vie inaccompli et un futur. L’étude de l’architecture de )( l’attente gracqu1enne  implique  que  celle  du  temps  en  fonction   du personnage, chez Gracq, le récit de l’attente s’appuie sur le « Je du guetteur » qui organise le  temps  selon  la  double  tension  de  l’angoisse et du désir nourne tantôt par une « torturante inquiétude ».

L’imparfait, temps directeur de son récit, employé avec ingéniosité

‘,

dans l’expression d’une durée indéfinie, dans la représentation

d’interminables heures  d’affût.  Dans  cette  longue  aventure, l’écoulement  linaire  de  la  durée  est  souvent  bouleversé  par  une pause dans le présent ou un recul vers le passé ou encore par une projection  vers  l’avenir  dans  le   Roi  Cophetua,   cette  durée,  s’étend de l’après-midi de la Toussaint a la matinée du lendemain.

 

A ce passé-présent imaginaire  de  l’imparfait  qui  concerne  le romancier, se mêle un autre  passé  qui  concerne  le  héros,  un  passé  que  le  personnage  reconstitue  au  coeur  du  présent  dans  une profonde rêverie elle est liée au possible, donc l’attente comporte  la notion de futur, contient de l’avenir

De   plus,   le  futur  n’est  perçu   qu’a   partir  du  passé,    dans  la  mesure où  ce   passé   est   accepté,   assumé,   utilisé   par   le   guetteur   gracquien c om me. fondement de  son  ave nir .  Le  personnage  s’intéresse  à  un passé qui jette les bases du futur et enrichit un moment qui le

 

l 3

 

 

 

 

3. LA NUIT INITIATIQUE ET L’AUBE PURIFICATRICE

Gracq emprunte aux Romantiques plus qu’un décor nocturne: la signification  profonde  de  la  nuit  qui en  fait,   dans   la   vie   des perso nnag es1 est l’instant privilégié où ils ont au plus haut point le

sentiment de l’existence et où ils s’unissent à leur destin/-

C’est dans cette nuit mystique W le héros de Gracq est  initié  et  elle revête  ou   marque  le   terme  de   l’errance   nocturne,   la  révélation   de la

terre    inconnue.1      « On   traversait  alors,…un  rideau   de  silence   un peu

(.    –               initiatique ».(p.192).

« La journée oppressante finissait et ce qui lui succédait n’était pas exactement la nuit : il me semblait plutôt que c’était égale et  calme comme  une  petite  flamme  bougeante  au   milieu   des   pièces endormis, la veillée. (p. 204). La  nuit  ne  supprimait  pas  la  distanft mais  elle  la  rendait  abstraite  et  presque  immatérielle,  il  n’y  avait plus rien entre  moi  et  cette  percussion  lourde  qui  heurtait  à  la porte ».( p. 213).

 

La nuit initiatique et la femme sont étroitement liées à fe passage obligatoire  que  doit  faire  le  narrateur  pour  arriver  à  l’aube libéral

 

La  nuit  fait  l’heure  privilégiée   du  roman,   elle  est   entourée  d’ombre, de  lumière,  et  d’orage.  Ces  faits  ont  valeur  de  signe.  L’orage   sur Braye   la  forêt  annonce   la  descenifs  aux  enfers     et  à   la  mort.     Au le nde m ain/ le  rayon  de  soleil   signifie   le   baptême,  la  renaissance, « un soleil jeune et encore mouillé. La  vie  s’était  remise  en  ordre ». (p.250).

 

La nuit est à la fois obscure  et  éclairée,  elle  est  profondément  marquée par  la  présence  du  mythe.  L’obscurité  est  celle  qui  frappe le plus l’imagination, ne serait ce que parce que le noir est toujours valorisé  négativement.  « Symbole  dans  les  hièrophfinies   solaires  de la mort, la nuit reste de nos jours encore grosse de toutes les

 

 

1ERNEST, Gilbert, »C ahier de !’Herne »,Ed. De !’Herne, Paris, p.254.

 

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légendes  de  l’angoisse,  entraînant  à  sa  suite  les  fantômes   qui   hantent les nuits du folklore et de notre prime enfance. »!

r

Les ténèbres s’opposent à l’espérance et les mots utilises par Gracq

sont très éloquents pour no us montrer  les  aspects  négatifs  :  « silence d’étang  noir »,  « la  mala  noche »,  « nuit  close  et  coite »,   « nuit   d’hiver », « nuit épaisse ».

 

Qu’elle soit chargée ou non de signes la nuit est l’angoisse pour le narrateur: « l’inquiétude  tomba  sur  moi…qui  coulait  dans  la  nuit, sourde et muette. » (p. 225).

C’est  donc  l’aube  qui  rend  mieux  compte  de   la  fascination   qu’exerce sur  Gracq  la  purification,   « le   lointain   fracas   d’ange…..donnait  de   l’air à  la  nuit  oppressa nte .( p.  230).  Cette  heure   du   petit   matin   était froide et lucide d’ordonner mes pensées sans fièvre ». (p.. 248).

Le rite de la purification est liét. à l’eau de  la  pluie  et  au  feu  des flammes des bougies et du solei , qui ont des vertus puri ficatrices.

Elle symbolise la pureté des origines restituée, le  sentiment  des souillures issues des fautes et des contact(s terrestres ainsi  qu’une aspiratio n à  une  vie  en  quelque  sorte  céleste  et  le  retour  aux sources de la vie.

 

 

 

 

C

On  voit  clairement  ces  deux  éléments:  l’eau   et   le  feu  dans   le   texte du Roi Co phetua: « l’air nettoyé par la pluie gardait  une  transparence vitreuse  et  plaisante  à  l’oeil…il  semblait   pétiller   par  spasmes   comme un feu qui tombe de coups plus so urds ». (p.244).

 

A  ce  sujet  Jung  dit:  « l’eau  et  le  feu  jouent  un  rôle  fondamentaix dans  le                      processus   de  la  purification,                                bien que ces deux éléments soient    antagonistes     et         constituent   même une                      paire                    d’opposés typique,  ils  ne  sont  qu’un  et  un  seul  si l’on croit       le témoignage des alchimistes » .2

 

 

 

 

 

 

 

 

1ERNEST, GILBERT, »Cahier de l’Herne » Ed. de l’Herne,Paris, p.248.

2JUNG,C,G, »Psychologie et Alchimie »,p.305.

 

 

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CHAPITRE II:    LE REGARD EXTERIEUR ET INTERIEUR

DES PERSONNAGES

 

 

 

 

 

  1. JACQUES ltL ET LE MYTHE D’ORPHÉE

 

Le nom de  Jacques  Nueil  suggère,  sans  forcer  l’intention,  une analogie avec l’altitude et l’impénétrable (nue s , nuage s, nuit).  Et  le titre du récit, Le roi Cophetua, appuie encore davantage  le  fantasme royal évident. Aviateur et roi, épris  d’une  servante  digne  d’un  roi, altière et humble.

 

Il est critique  et  compositeur  musical.  Il  est  très  apprécié  parmi  ses amis matérialisé par une vie sociale réussie et pleine. Il est « snob », « distingué », « parisien au dernier degré », il appartient  à  une  « faune exotique » . Il charme et séduit son entourage.

 

Ce mythe nous introduit dans une histoire d’amour et  de  séduc tio n;  l’amour  entre  Nueil  et  sa  servante  et  la  séduction   du   héros   par  cette f e mme .

(

 

Le rôle principal pouvoir interpréter qui il fait allusion.

de ce  personnage  est  de  nous  donner  la  clé  pour  le   roman   sur   la   base  du   Mythe de  Orphée           a

 

 

Si nous  faisons  la  relation  entre  Euridice  et  la  serva nte,  la  maison étant les enfers, ce n’e s t plus Orphée (Nueil) qui  va  la  chercher  mais notre narra te ur .

 

Nous pouvons faire un autre parallélisme : Orphée est  foudroyé  par Zeus pour avoir rév lé ses expériences du royaume des morts à ses mystes. Du même, Nueil disparait dans les airs cette nuit ora e, foudroyé par Dieu, pour avoir introduit son amif journaliste  ,a– sa maison (les enfe rs) .

 

 

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Nous avons aussi une autre référence: L’orphisme. est une religion initiatique qui préconise l’inmortalité de l’âme et un cycle des réincarnations jusqu’à atteindre la purification définitive.

 

  1. LA FEMME : DUALISME ET

Ce personnage autour de qui se développe l’histoire, est chargé de significations. Elle est, tout d’abord comme toutes les femmes gracquiennes, une étrangère: incognito, un  univers  apart  auquel l’homme n’a pas d’acces. Leur rencontre est fortuite et passagère, impersonnel, les sentiments sont exclus.

« J’ai rarement je n’ai peut-être  jamais  ,  même dans  l’amour  attendu.( … )  quelqu’un   qui pourtant ici ne pouvait être pour moi qu’une femme » c’est a dire une question , une énigme pure ».

 

Dans la caractérisation  des  yeux  de  la  femme  il  existe  une  dualité par deux éléments opposés, l’eau et le feu  associés.  Dans  le  premier cas, l’élément « eau » est euphorique,  lié  au  sourire  ironique, »…une acuité dans les prunelles plutôt qu’un sourire ». « Voir  est  savoir »,  et  cette phrase anticipe sur le fait que la femme « sait » ce qui se

(                 passe ra.   C’est   l’image   du   voyante   Mais cette  connaissance,  cette

contemplation  font  aussi  souffrir,  ainsi,  dans  le  deuxième  cas,  le  feu est un élément disphorique qui décrit la détresse et le désespoir:

« …l’expression  des  yeux   brûlants   et   sombres, que la lumière accroche avec dure té , est si clairement une expression perdue » .

Les cheveux noirs  et  lourds  servent  surtout  à  cacher  le  visage comme un voile de dueil qui font apparaître cette femme à  la  fois comme  une  femme  souffrante  qui  pleure  la  mort  de  son   amant mais aussi une femme fatale, mystérieuse et da ng e reuse . Idée

renforcée par l’adjectif « animal » qui nous renvoit à la Méduseef, personnage mythique, qu’on ne pouvait p(s voir qu’au risque de

périr   .  C’est  aussi  un  visage  impénétrable   et   anonyme,  donc  distant et lointain: inatteig nable .

Ainsi no us trouvons:

 

 

1 7

« La  masse  lourde,  presque  orageuse  des  cheveux  noirs, un flot épais et animal  qui  tombe  en  rideau  devant  le  visage,  le dérobe comme derrière une grille, un visage noyé qui regagne sournoisement l’abri de la chevelure, un visage tapi et fuyard . »

Cette femme est plutôt muet, mais quand elle parle, sa voix a  des pouvoirs magiques, elle attire et enchante  comme  la  sirène.  Elle domine: même si l’ho mme perçoit le mensonge, il l’accepte.

« La voix faible presque  un  chuchotement devient musicale et sensuelle avec un ton de supplication tendue qui s’y embusque et  à laquelle est difficile de résister ».

« Les monosyllabes les  plus  simples  prenaient dans cette  bouche  une  signification  plus  lourde et presque charnelle »

Si Jacques Nueil  est  Orphée  ,  elle  aurait  le  rôle  d’Eurydice  celui d’une morte habitant  les  enfers.  C’est  pourquoi  Gracq  la  décrit comme:

 

« Une silhouette qui fond dans l’obscurité qui vit quelque          part    épaissement                     dans   la                         maison

(                                                enténébrée.

 

Et aussi

 

L’attache nourricière qui l’irrigue toute, le flot répandu des cheveux noirs  ,  l’ombre  qui  mange le contour  de  la  joue,  le  vêtement  sombre sortent moins de la nuit qu’ils ne la prolongent »

Cette   femme   est   aérienne,   presque   immatérielle   comme   un ange, mais un ange noir, un fantôme du pays des ombres . Ainsi elle va

« Les pieds touchant le sol a peine au  pas  vivant qui mord la sable, elle arriver  sans  aucun  bruit elle glisse sur la moquette d’un mouvement silencieux propre a elle »

 

l 8

Si elle habite dans les  ténèbres  elle  est  aussi  confondue  avec  le  feu des  bougies.  Son  déplacement  et  la  lumière  qu’elle  porte  font   un tout , elle est source de lumière et la lumière même:

« La  lueur  hésita,  s’arrêta  une  seconde  sur  le seuil ou le battant de la  porte  ouverte  ne  la cachait encore, puis  la  silhouette  entra  de profil… »

Annie-Claude Dobbs nous dit a ce propos: l

 

« Analogue a la flamme  avec  laquelle  de  plus en  plus elle se confond ,  la  femme  servante  attire  et  repousse.  Le  sentiment qu’elle inspire est fait de désir et  de  panique.  Femme  flambeau  ,  femme torche onduleuse dans son vêtement de nuit  « Flamme  vive » dardée  dans  un  instant  et  replongée  dans  les  plis  de   la   lourde étoffe  de  Soie  Elle  est  imprévisible  dans  ses   mouvements  et  dans ses intentions  comme  le  remarque  le  narrateur  dans  la  salle  a manger, elle est capable de  brûler,  « quand  elle  s’approchait  de  moi pour me servir, le  dos  de  ma  main  un  instant  se  brûlait  a distance  a la faible et  forte  chaleur  de  son  bras  nu »  (p.222).  Porteuse  de lumière,  elle  peut  alternativement,  éclairer   et   enténébrer   selon qu’elle s’approche ou s’éloigne. De  plus  le  plaisir  érotique  qu’elle donne· a cet amant  clandestin  d’une  nuit  est  lui  aussi  « Violent  et  court comme la flamme. » (p 202)

Elle est « une simple  femme  de  chambre  par  la  déférence impersonnelle des mot, par la manière  qu’elle  a  de  n’apparaître  que pour les  besoins  du  service » .  Mais  ses  façons  indiscrètes  directes, peu  conventionnelle  la   définissent   comme   la   servante-maîtresse . qui a un pas humilié et serf, et  pourtant  calmement  autoritaire  – enchaîné – enchaînant. Elle lui sert les yeux  baissés,  sans  hâte  ni lenteur, avec une précision neutre et posée ».

« Le  costume  servile  si  brusquement  revêtu  est  si strict et si affiché, si insolent presque dans sa correction humiliante » (221)

qui fait songer a une espèce de cérémonial « ses  ornements  blancs »  ayant un caractère rituel.

I DOBBS,, A.C. « Dramaturgie et liturgie dans l’oeuvre de Julien Gracq, p. 240

 

Elle a l’air d’apparaître en  servante  d’y  retrouver  une  aisance intimidante comme un souverain qui lève son incogni to. (p 221)

La  tradition  chrétienne  définit  la  Vierge   Marie  comme   la  servante de Dieu: Tristan Corbiere va plus loin en disant  d’elle  « Servante maîtresse altière , très haute devant le  très  haut   »  (« Amour  .  La Rapsode foraine ») Julien Gracq joue dans ce roman, avec la double signification  du  mot   »  maitresse  en  tant  qu’amante  mais   aussi  en tant que souveraine .

 

Le  rapport  entre  la  vierge  Marie  et  notre  personnage  en  renforcé   par la description que Gracq fait du Tableau  « Le  Roi  Cophetua »  lorsqu’il le décrit en parlant de la mendiante .: « Le front penché très

(                                 bas , le visage perdu dans l’ombre , la verticalité hiératique de  la silhouette        pouvaient     faire    penser a                        quelque           vierge    d’une

Visitation . 1

 

Si nous ajoutons a cela l’image de la femme flambeau mentionnée ci-dessus , nous somme renvoyés au rôle principal que cette femme pourrait  jouer  dans  l’histoire:  Celui  d’une   initiatrice   qui   permettra au narrateur de réaliser sa purification »

Elle a  donc  l’ambiguïté  qui  ressort  de  l’association  de  l’ombre  et  de la lumière de la vie et de la mort , de la femme  spirituelle  et  de  la femme animale.

 

 

 

 

 

  1. LE NARRATEUR ET SON ATIENTE

Nous  ne  connaissons  du  narrateur  que  sa  voix   ou   plutôt  sa  pensée  qui transmet ce qu’il regarde ( oeil) ou écoute ( l’oreille )

« L’oreille se heurtait a lui ( le grondement) sans

 

pouvoir fréquence ( p.216)

percevoir        aucun       changement         de ou de volume comme l’oeil a un mur ».

 

 

Durand nous explique a ce sujet:

 

lLEUTRAT, J.L., « Julien Gracq », Ed. Seuil, France 1991, p. 223-224

 

« l’oreille  peut  entendre   plus   profondément   que   les   yeux ne peuvent voir  » l’oreille est alors le sens de la nuit », l’obscuri té est amplificatrice du bruit qu’elle est résonance » ( p. 99 )

Néanmoins,  l’oeil  au  singulier  est  plus  qu’un  simple  regard:  il  est associé a l’objet de la vision,  c’est  a  dire  a  la  lumière.  La  notion  de vision  est  toujours   liée  a   la  transcendance   et  elle   n’est   possible  qu’a d ista nce .

 

Durand ajoute:

 

 »  le  surmoi  est  avant  tout  l’oeil  du  Père  et   plus   tard  l’oeil  du  roi, l’oeil  de  Dieu,  en  vertu  du  lien  profond   qu’établit   la   psychanalyse entre le père , l’autorité politique et l’impératif moral (p. 170).

Alors, cet oeil qui voit est a la  fois  témoin,  Juge,  surveillant, clairvoyant et instigateur de rectitudes morales .

Notre personnage n’a pas de nom , il  est  anonyme,  de  même  que  la femme. On sait seuleme nt q u’il a été un combattant , puis qu’il  a  été reformé et qu’a présent il exerce le métier de journaliste.

Ce personnage est marqué par la solitude: ou qu’il aille  où  qu’il  se trouve, il est toujours seul.

 

 

 

(_ –

« J’étais seul dans  mon  compartiment  presque seul, semblait-il  dans  ce  train  de  grande banlieue » ( p 188).

« De nouveau la bourrasque seule ,me tenait compagnie  dans  le  dédale  des   futaies   privées » ( 195).

« La  solitude  des  villas  enterrées  sous   les branches était si  complète  que  mon  pas  malgré moi se faisait plus léger et plus long » ( p. 195)

 

« Personne ne m’attendait (…) j’écoutais presque intimidé rouler le bruit de mer qui brassait  les masses  d’écume  verte  et  je   tente  de   m’orienter. Il n’y avait pas en vue âme qui vive » ( p 193).

 

2 l

Deux autres thèmes  sont  liés  a  cette  solitude  celui  de  l’attente  et  celui de la mort.

 

Ce  récit  a  comme  fil  conducteur  le  motif  de  l’attente,  il  y  a  deux étapes : L’attente de la femme mystérieuse signale que:

 

« Pendant le moment miraculeux de l’attente l’attention  est  portée  a  tous  les   signes   du monde. L’attente n’abolit pas la quête :  elle  la  porte, au contraire, a sa plénitude , Le passé , le présent,  l’avenir  des   personnages   s’abolissent dans l’immédiat de l’existence » (….)

 

« Dans ce monde refroidi , vide et silencieux , a la veille de la Toussaint , les images d’ombre  et  les bruits  de  rafales  et  de   canonnades   suggèrent moins une attente qu’une veille funèbre »

 

En effet l’idée  de  la  mort  est  présente  depuis  le  début  du  roman  soit  par  le  vocabulaire:  « jour  de   morts »,   « enterrés »   « enseveli »   « pas  âme qui vive » soit  par  les  allusions  a  la  possible  mort  de  l’ami  du journaliste,  Nueil,  soit  par  les  images  qui  nous   la   rappellent  comme par  exemple  la  maison  en  tant  que  « royaume »  des  morts   ou   des enfers.

 

La  mort   ici  est   synonyme  de   vide  ,   mais aussi  du      désintégration

(                 progressive     n’oublions    pas   que   le   récit se  déroule    au cours d’un après-midi    autonnal et d’une longue nuit oppressante.

 

« Le  récit  Gracquien  décrit   l’aventure   d’un   héros   situé dans une  société  en  décomposition  et  qui  vise  a  se  recomposer  A travers  un  bref  cheminement  dans   le   temps.   Il   s’ouvre   sur   un monde  vide  qui  le  désagrège.  Mais  avec  la  conscience   du   manque d’un besoin de se sentir vivre, relance le  personnage  mourant  qui revendique  de  grandes  giclées  de  vie.-  Le  héros  Gracquien  qui   a atteint le niveau le plus bas se  reconnaît  sous  le  signe  de  la  mort,  cherche dans une aventure sans issue un recours possible qui réaliserait   une   permanence   de   son  être.l

 

 

1FRANCIS, Marie , « Forme et signification de l’attente », Ed. Nizet 1979 p.216

 

Chez  Gracq  ,  la  mort  et  la  vie  sont  toujours  indissociables:  Cette nuit angoissante fera place  a  une  aube  purificatrice  et  rénovatrice Marie Francis ajo ute :

 

« L’être  Gracquien  qui  s’appréhende  au   moment   de   s’anéantir   pour se reconstituer ,se voit dans  un  présent  situé  entre  tout  un  passé  de  vie inaccomplie et un futur réalisateur »

Nous avons dans la nuit un symbole d’inversion Comme le remarque   Gilbert   Durand:1

 

 

et encore:

« C’est  au  sein  de  la  nuit  même  que  l’esprit quête sa lumière et la chute s’euphorise  en descente » (p.224).

 

 

« Il    ne   subsiste   qu’une   limite  fort   mince   entre   l’acte

 

téméraire de la descente sans guide et  la  chute  vers  les  abîmes animaux » ( p 228)

 

Dans le « Roi Cophetua », il s’agit d’une descente aux enfers  et  le narrateur, dans le rôle d’Ulysse,  disposera  lui  aussi  d’un  guide  pour  que cette descente – non prévue- ne devienne une chute:

 

 

 

 

 

 

(

‘·-

« Je  songeais  qu’on  pouvait  suivre   Orphée   très loin dans le sombre royaume,  tant  qu’il  ne  se  tourne pas elle ne se retournerait jamais.

 

« Je l’avais suivie .  Encore  maintenant  Je  la suivais presque, protégé de  tout  faux  pas  tant  que Je mettais  les  miens  dans  les  siens  l’un après l’autre, étrangement puis en charge, étrangement charmé » (249).

 

Une fois  de  plus,  Gracq  pratique  une  inversion  des  symboles  car dans ce paragraphe Orphée et la femme Eurydice sont  un  seul  être détour qui rend le passage plus riche.

 

 

 

1DURAND, G. « Les structures  Antropologiques  de  l’imaginaire   »  Ed.  Bordas  , Paris, 1984, p, 345

 

Au contraire d’Ulysse notre héros ne trouvera pas la  le  passé,  il  s’en libérera et récupérera un avenir , un monde remis en ordre

 

Dès que le narrateur prend conscience que Nuei l n’ arr ive ra pas , son attente  veille  se  change  en  une  attente   veillée.  Sa  tension   morte  et rien ne dissipe son malaise:

 

« je ressentais toujours cette constriction  de  la gorge qui  ne  m’avait  pas  quitté  depuis  que  j’étais entré dans la maison .  Mais l’inquié tude  , les mauvais  pressentiments  n’y  avaient  plus autant de part (….) Je guettais le moment ou  derrière moi , dans le  rectangle  de  la  porte ouverte la femme de  nouveau  s’encadrerait  (p. 220)

 

C’est pendant  le  dîner  qu’il  découvre  le  tableau  du  roi  Cophetua  et la relation qui existe entre son ami  et  cette  femme  . »Il  semblait difficile  de  se  taire  au  point  ou  se  taisaient  ses  silhouettes paralysées . Une tension que je localisais  mal  flottait  autour  de  la scène  inexplicable:  Honte  et  confusion  brûlante   panique   qui semblait conjurer  autour  d’elle  la  pénombre  épaisse  du  tableau comme une protec tion, au-delà des mots (…..) Je restai un moment devant le tableau, l’esprit remué , conscient qu’ une accommodation nécessaire se faisait mal- … Le roi Cophétua ! Le roi Cophetua

,.                                amoureux d’une mendia nte « ….( p 224)

C

Plus tard sur le chemin du retour des PTT a la maison  » il se rend brusquement compte qu’a son insu son attente s’est retournée contre  lui.  Il  se  sent  piégé.l

 

« Avec  l’évidence   de   l’attente   le   narrateur,   comprend qu’en  l’absence  de  son  ami  c’est  a  lui  qu’e st  désormais   assigné   le rôle du roi  Cophetua.  Et  a  chacune  de  ses  questions  muettes  il  crois lire sur le visage de  la  femme  la  réponse,  toujours  la  même   »  C’est  ainsi  » ( p. 199 )

 

« Le narrateur peu a peu conclut a son impuissance a comprendre et encore moins a contrôler ce qu’il interprète

loOBBS,A.C., »Dramartugie et liturgie »,P.198,203, 209.

 

désormais comme un sortilège comme une conjuration. Il me semblait qu’on disposait étrangement de moi. Je me sentais dépossédé de mon sillage. ( p 235 )

 

 

« Penche  sur  le  visage  de  la  femme  endormie  a   ses  cotes   il  croit   y lire l’évidence d’une fatalité qui se confirme.1

Je  me  sentais  entrer  dans  un  tableau   prisonnier de  l’image  ou  m’avait   peut-être   fixe   ma   place une exigence singulière ( P. 246)

Cette femme avait été fébrilement désirée:

 

« Je la désirais, Je l’avais désirée , je le savais maintenant  des  la  première  seconde  des   que mon pas a coté du  sien  avait  fait  craquer  le gravier de la court » ( )

 

Liée au désir charnel , c’est une attente qui fait souffrir:

 

« Les nerfs tendus (…)  la  gorge  serrée,  je  n’étais  plus qu’attente » ( p 238 )

 

« J’ai rarement attendu quelqu’un avec le coeur battant, la gorge nouée » ( p. 238)

Il    est     révélateur      que    ce    soit    surtout     pendant     le    dîner    que    le

(    –                   narrateur subit le plus cette angoisse:

 

Selon Durand , le schème digestif du l’avalage est « inver sion de la puissance virile , elle confirme le  thème  psychanalytique  de  la régression du sexuel au buccal et au digestif  » ( p 243 )

 

Cela rejoint encore une fois , l’idée d’une descente

 

« L’imagination  de  la  descente   vérifie   l’intuition freudienne qui  fait  du  tube  digestif  l’axe  descendant  de  la  libido avant sa fixation sexuelle  » ( p 228)

 

Et encore:

 

 

 

1DOBBS,A.C.,Dramartugie et liturgie, p. 203.

 

« Ce ventre polyvalent peu certes, facilement  engouffrer  des  valeurs négatives  comme  nous  l’avons  déjà  noté   et   venir   symboliser   l’abîme de la chute le microcosme du péché » ( 229).

 

C’est pourquoi ce fort désir sexuel s’accompagne d’un sentiment de panique. En effet  .  si  l’on  se  réfère  a  nouveau  du  mythe  d’Orphée  , ce lui -c i  finit  par  être  inutile,  anéanti  en  épilogue   a   sa   passion mal he u re u se .

 

En  même  temps  le  ventre  féminin  est  le  ventre   maternel   unit  a l’eau ( l’orage dans le roman).  Il  est  chez  les  surréalistes  ,   »  l’objet d’un espoir fondamental » ( p  266)  mais  aussi  fluidité  du  désir.  Et « toute l’imagerie des eaux est réhabilitée par le poète , soumis a

r· —       l’archétype    suprême   au    symbole    de    la    femme    .Car   la   femme  prend

‘                     dans  la  table  des  valeurs  surréalistes  la  place  de   Dieu »   (267). Même sur le plan de la franche psychopathologie, parallèlement a la guérison se fait un retour symbolique au ventre maternel.

 

Ainsi  cette  femme  ambivalente  est  a  la  fois  une  épreuve  et  le moyen de sa purification par le héros.

 

CONCLUSIONS

 

  1. Dans le déploiement  de  l’oeuvre  romanesque  de  Gracq  nous  avons considéré l’espace de l’attent, cet uni vers qui unit le réel et l’imaginaire dans une vaste synthèse . L’analyse de la texture de  cet espace a montré que  la  nature  a  pour  fonction  essentielle  de représenter  l’aventure  du  guetteur  dans  ses  modalités   d’angoisse   et de désir et l’étude  des  éléments  fondamentaux  du  décor  ombre, lumière, mer-fôret, lieux hauts et lieux clos avec les différentes associations qu’ils polarisent, a révèle une intime  participation  de  l’espace a  l’attente  et  aux  émotions  du  guetteur  ,  enfin  le  repérage des signes a reconnu un climat qui nourrit l’attente, l’angoisse et le

r –             désir et crée le suspe ns. Gracq oblige les deux espaces , intérieur  et  extérieur        a fusionner ensemble en un tout harmonieux ..

 

  1. Dans le temps présenté dans le roman on considère deux aspects: l’automne et le  crépuscule  comme  un  monde  en  état  de décomposition  mais  avec  l’idée  de  prendre  conscience  de  la continuité d’un cycle et  que  cette  décomposition  fait  appel  a  une future  recomposition  de  l’univers.  La  nuit  représente   les  bas  fonds de l’individu où il cherche la Raison de  son  existence,  c’est  aussi  le « ça », c’est à dire, l’inconscient qui agit sur le conscient

 

 

 

. ,,,.

  1. Dans l’univers gracquien, l’homme n’est jamais seul mais solitaire entouré des êtres qu’il cherche a rejoindre et qui lui sont  étrangers comme le sont par leur nom, avant de l’être par leur présence.

 

  1. Dans le drame de Gracq, la femme est chaque fois l’autre: haute, multiple et inaccessi

Homme  ou  femme,        le   personnage  Gracquien  est    vulnérable et le

thème de  la  blessure  est  une  des  constantes  de  l’oeuvre,  sans comptes les innombrables images  létales  que  l’on  trouve  partout  .  Il ne s’agit pas tant de dire  la  souffrance  du  monde  que  de  rendre évident et de concrétiser le indissoluble  rapport  de  la  vie  et  de  la mort. Sensible a cette inéluctable, le  personnage  Gracquien  cherche dans le rêve et le mythe l’immunité que lui refuse la réalité.

 

 

 

  1. . L’oeuvre   de                   Julien métaphoriquement       ou      non

Gracq      ne     cesse     de     faire     appel au     vocabulaire de       la        vision           et        de

 

mentionner des  dispositifs  optiques  (  trompe-l’oeil,  cyclorama, diorama, panorama, miroirs, etc.). La perspective et  le  point  de  fuite ont une tendance marquée a s’inverser, à basculer, à se redouble r.

 

« Quand l’oeil désoeuvré plonge d’un balcon la nuit, a travers  la  rue,  dans  une  pièce  éclairée  dont  on  a oublié de clore les rideaux, on voit des silhouettes qui semblent flottées sur une eau lente se déplacer aussi incompréhen-siblement que de pièces d’échecs dans l’aquarium de cet intérieur inconnu ».

 

  1. A l’instar des gravures romantiques de Rembrandt ou de Gustave Doré, « Gracq prend plaisir a disposer des éclairs ou des tâches  de  lumière  sus  un  fond  uniformément  sombre »  et  « c’est  dans   le  récit du roi Cophétua qui baigne dans sa quasi totalité dans le noir, que Gracq   rivalise   avec   l’art  de   la  gravure   « 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

lLEUTRAT , J.L. Op. Cit. p. 91-92

 

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BIBLIOGRAPHIE

 

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  1. CAHIER DE L’HERNE, « Julien Gracq », Ed. Cahier de l’Herne, Paris, 1973 .

 

—                5. DURAND, G., « Les structures Antropologiques de l’imaginaire », Ed.

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  2. JUNG, Carl Gustav, « Psychologie et Alchimie ».

 

  1. LEUTRAT, Jean-Louis, « Julien Gracq », Ed.Du Seuil, Paris,

"Je dis qu'il faut apprendre le français dans les textes écrits par les grands écrivains, dans les textes de création ou chez les poètes et non pas auprès de documents qui portent déjà le rétrécissement du sociologisme, le rétrécissement des médias." Michel HENRY